samedi 21 mars 2026

Sous les bombardements, Téhéran révèle sa crainte de l’OMPI et d’un nouveau soulèvement

 Alors même que l’Iran est confronté à des bombardements et à des frappes aériennes étrangères, les médias et les responsables du régime clérical montrent qu’une crainte demeure au cœur de leurs préoccupations : la possibilité que l’OMPI et un soulèvement plus large transforment la crise en une force meurtrière, vecteur d’un changement radical.

Cette angoisse était palpable lors d’une émission diffusée sur la chaîne IRIB 2 le 17 mars 2026. Le programme ne s’est pas contenté de dénoncer les ennemis étrangers. L’accent a été mis à plusieurs reprises sur le danger d’une révolte interne, avec la diffusion de messages de prétendus téléspectateurs menaçant les opposants au régime, mettant en garde les « monafeqin », scandant des slogans tels que « Mort aux monafeq » et « Mort au traître qui vend sa patrie », et incitant les citoyens à rester sur les places publiques et à affronter ce que les présentateurs décrivaient comme l’ennemi intérieur.

Monafeq – terme arabe signifiant « hypocrite » – est l’appellation péjorative utilisée par le régime pour désigner l’Organisation des Moudjahidines du peuple d’Iran (OMPI/MEK), afin de discréditer le groupe au sein de la société iranienne.

Il ne s’agissait pas d’un cas isolé. Les médias d’État iraniens et les médias qui leur sont affiliés ont repris ce même discours ces derniers jours. L’agence Tasnim rapportait le même jour que le chef des Forces de sécurité d’État, Ahmadreza Radan, exhortait les partisans du régime à ne pas « vider les places », qualifiant la nuit de « décisive » et affirmant que l’ennemi s’attendait à ce que la population se retire après l’assassinat des hauts responsables, afin que d’autres puissent envahir les rues et que la révolution soit perdue. La portée de ce message est indéniable : même en temps de guerre, le régime ne s’exprimait pas comme si le principal danger venait uniquement du ciel. Il avertissait ouvertement que la rue elle-même restait un champ de bataille.

Le même jour, l’agence Tasnim citait Mohammadreza Aref, qui avertissait que si les ennemis du régime et leurs « agents » tentaient de reproduire une opération similaire à celle de l’OMPI en 1988, les forces de sécurité et armées du régime riposteraient par un nouveau « Mersad ». La portée de cette déclaration réside dans la référence historique choisie.

En invoquant « Lumière éternelle » et « Mersad », le régime cherchait un précédent qui révèle son angoisse existentielle profonde : non pas un effondrement dû à des frappes aériennes, mais le danger d’une offensive armée organisée sur le terrain. Dans la mémoire collective du régime, ce danger est avant tout lié à l’OMPI. La référence avait donc un double objectif : rassurer une base démoralisée en lui montrant que le système avait déjà affronté et surmonté une telle menace, et signaler que toute nouvelle insurrection ou tentative d’attaque armée serait réprimée avec la même brutalité.

Par ailleurs, la communication des services de renseignement du régime va dans le même sens. L’agence Tasnim a publié un avertissement du ministère du Renseignement appelant la population à signaler toute activité suspecte via les canaux du ministère sur Eitaa, Baleh et Rubika, ainsi que par téléphone, tout en affirmant que des éléments hostiles cherchaient à exploiter les manifestations publiques pour commettre des actes de sabotage et perturber la sécurité.

Dans leur ensemble, ces messages révèlent un État profondément préoccupé par la perspective d’un soulèvement dans lequel l’OMPI pourrait jouer un rôle organisateur ou catalyseur. Même sous les bombardements, le clergé continue d’appeler les foules à descendre dans la rue, de raviver le slogan « Mersad », d’exhorter les citoyens à signaler toute activité suspecte et de présenter les troubles comme l’œuvre d’un ennemi intérieur organisé, lié à une attaque étrangère. C’est là l’indication la plus claire de toutes : en pleine guerre extérieure, Téhéran montre encore à quel point elle craint un ennemi implacable venu de l’intérieur.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire