dimanche 15 mars 2026

Le véritable champ de bataille iranien : le régime et son propre peuple

 L’avertissement sans détour d’un haut commandant de police révèle une réalité plus profonde : le régime iranien traite de plus en plus les citoyens qui manifestent comme des « ennemis », ce qui montre que la principale confrontation du régime n’est pas extérieure, mais intérieure.

Ces derniers jours, la scène politique iranienne a été assombrie par le climat de guerre qui règne dans la région. Le débat public est saturé de spéculations sur les menaces extérieures, l'escalade militaire et l'avenir incertain du pays. Pourtant, sous cette atmosphère de tensions géopolitiques, une question plus fondamentale demeure : où se déroule le véritable conflit, et entre qui ?

L’affrontement principal est-il véritablement extérieur, comme le suggèrent les récits officiels, ou le champ de bataille central se situe-t-il ailleurs ?

La réponse se trouve peut-être dans un récent reportage diffusé par la télévision d'État iranienne, la Radio-télévision de la République islamique d'Iran (IRIB) . Ce reportage a révélé, de manière involontaire, une vérité plus profonde sur la perception que le régime a de sa propre société.

Selon les informations diffusées, Ahmadreza Radan , commandant en chef de la police nationale iranienne, a lancé un avertissement sans équivoque lors d'une interview le 10 mars. Il a déclaré :

« Si quelqu'un descend dans la rue à la demande de l'ennemi, nous ne le considérerons pas comme un manifestant ou quoi que ce soit d'autre. Nous le considérerons comme un ennemi et nous le traiterons comme tel. Toutes nos forces sont prêtes à faire feu. »

À première vue, cette déclaration semble être une simple mise en garde sécuritaire visant à dissuader tout trouble. Pourtant, elle recèle un aveu révélateur. Lorsqu'un gouvernement qualifie un citoyen manifestant non pas de dissident, mais d'« ennemi », il redéfinit de fait les frontières de la guerre.

Selon cette définition, le champ de bataille ne se situe plus le long des frontières nationales. Il se trouve désormais dans les rues des villes iraniennes, et l'adversaire n'est plus une armée étrangère, mais le peuple iranien.

Les récents développements semblent confirmer cette interprétation. Ces derniers jours, de nombreux rapports ont fait état d'un important déploiement de forces de sécurité dans les principaux centres urbains. Des membres de la milice Bassidj et des agents de sécurité en civil auraient établi des points de contrôle et effectué des patrouilles dans plusieurs villes. Selon les observateurs, ces mesures relèvent moins d'opérations antiterroristes que d'instruments d'intimidation destinés à semer la peur parmi les citoyens.

Ces scènes évoquent un environnement militarisé, qui laisse penser que les autorités craignent davantage les troubles intérieurs qu'une confrontation extérieure.

Cette impression a été renforcée par un communiqué publié le 10 mars par le Conseil de coordination des associations professionnelles d'enseignants iraniens , qui décrivait l'atmosphère à Téhéran comme « quasi militaire » ces derniers jours. Selon ce communiqué, le déploiement massif des forces de sécurité dans toute la capitale a transformé de larges pans de la ville en un environnement comparable à une garnison.

Lorsque la capitale d'un pays commence à ressembler à une forteresse sécuritaire, cela signale souvent que le gouvernement a adopté une posture défensive envers sa propre société.

Pris ensemble, ces développements permettent de mieux comprendre la situation politique actuelle en Iran. Le conflit le plus important que connaît le pays semble se dérouler non pas entre l'Iran et des adversaires étrangers, mais entre le pouvoir en place et une large partie de sa population.

Cette lutte n'est plus une simple possibilité théorique. La société iranienne a déjà connu ces dernières années des vagues de protestations nationales, des manifestations qui ont mis en lumière un fossé grandissant et potentiellement irréversible entre le système en place et une grande partie de la population.

Pour des personnalités comme Ahmadreza Radan et d'autres responsables de la sécurité du régime, la crainte ne se limite pas à la perspective de manifestations isolées. Elle reflète plutôt le souvenir persistant des soulèvements populaires qui continuent de hanter la conscience politique du régime. L'expérience collective de ces protestations demeure vivante au sein de la société et influence tout autant les calculs des autorités.

La véritable préoccupation du régime est que la colère refoulée de la population puisse à nouveau éclater, peut-être à une échelle encore plus importante.

Dans ce contexte, même si une guerre extérieure devait finir par s'apaiser grâce à des négociations diplomatiques ou à une réorganisation des rapports de force, la confrontation interne entre l'État et la société demeurerait irrésolue. Contrairement aux conflits géopolitiques, qui se résolvent souvent par la négociation, les luttes structurelles entre un système de gouvernement et une population qui revendique la liberté et la dignité aboutissent rarement à un compromis.

Pour de nombreux observateurs, ce conflit plus profond n'aura finalement qu'une seule issue décisive : une transformation fondamentale du système politique lui-même.

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