lundi 16 mars 2026

Le couronnement de Mojtaba Khamenei révèle le mensonge du régime théocratique

 Un régime arrivé au pouvoir en instrumentalisant le soulèvement populaire iranien contre la monarchie a instauré un pouvoir héréditaire. En 1979, les Iraniens ont rejeté l’arrogance dynastique, le pouvoir sans contrôle et l’idée qu’un pays puisse appartenir à une famille. Le régime clérical prétendait défendre le contraire. Il s’est drapé dans le discours de la justice, de la religion, du sacrifice et de la légitimité républicaine. Il a dénoncé la monarchie comme un système de corruption, de décadence et de privilèges héréditaires.

Mais désormais, le fils prend la place du père. Aucun rituel clérical ne saurait masquer ce que cela signifie. Mojtaba Khamenei n’a accédé au pouvoir ni grâce à la confiance du public, ni grâce à une légitimité électorale, ni grâce à son mérite, ni grâce à une expérience avérée. Il est arrivé au pouvoir parce qu’il était le fils d’Ali Khamenei, parce qu’il avait été préparé pendant des années au sein du cercle restreint du régime, et parce que les principaux leviers du pouvoir, du clientélisme et de la sécurité étaient déjà alignés en sa faveur. Ce n’était pas le triomphe d’une république, mais la révélation d’une dynastie.

Jamais une république

La vérité est plus dure que beaucoup ne l’admettent : la République islamique n’a jamais été une véritable république. Elle l’a désormais officialisée.

Une véritable république repose sur la souveraineté populaire, la responsabilité, l’alternance au pouvoir et des institutions plus fortes que n’importe quel dirigeant ou famille. L’Iran n’a jamais connu cela. Ses instances élues ont toujours fonctionné sous l’influence d’un noyau non élu qui monopolisait les véritables décisions. Les présidents se sont succédé, les parlements ont changé de factions, les slogans ont évolué et les factions se sont disputé l’accès au pouvoir. Mais la structure du pouvoir réel est restée intacte : le Guide suprême, l’appareil sécuritaire, le Conseil des gardiens, le pouvoir judiciaire et le cercle restreint de fidèles qui gouvernaient en coulisses.

Pendant des décennies, le mot « république » n’était qu’un artifice. Il donnait à l’absolutisme clérical une étiquette moderne. Il permettait au régime de prétendre avoir concilié l’autorité divine et la légitimité populaire. L’accession au trône de Mojtaba Khamenei déchire ce vernis. Elle ne détruit pas une république. Elle prouve qu’il n’y avait pas de république à détruire.

Ce soir, le pouvoir clérical absolu (Velayat-e Faqih) s’est de facto transformé en monarchie héréditaire en plaçant Mojtaba Khamenei sur le trône.

Le népotisme comme système

Mojtaba n’est pas une exception. Il est l’incarnation même d’un régime déjà gangrené par le népotisme.

La dictature cléricale a longtemps fonctionné moins comme un garant de l’ordre public que comme un cartel d’initiés. Les hauts fonctionnaires ont systématiquement abusé de leur fonction pour distribuer richesse, influence, protection et opportunités à leurs proches et à leurs réseaux. Ali Shamkhani est devenu l’un des symboles les plus flagrants de cette culture, l’influence de sa famille dans les affaires et ses privilèges attirant constamment l’attention. Sous différentes présidences, ce schéma est resté quasiment inchangé. Qu’il s’agisse de modérés, de pragmatiques ou de conservateurs, l’État est demeuré un instrument de placement. Enfants, gendres, frères, neveux et autres membres de leurs réseaux ont été propulsés à des postes lucratifs ou influents. Même les parlementaires considéraient leur fonction comme un tremplin pour la promotion familiale et le clientélisme.

Les étiquettes ont changé. La méthode, elle, est restée la même.

Ce système récompensait la proximité plus que la compétence, la loyauté plus que le mérite, et les liens familiaux plus que le service public. Mojtaba Khamenei incarne cette culture. Il représente le résultat du népotisme poussé à son paroxysme : l’État lui-même devient un héritage.

Pourquoi la monarchie est un échec pour l’Iran

La politique héréditaire est corrompue par essence car elle affirme que le sang prime sur le mérite. Elle prétend que l’ascendance peut se substituer au service, à l’examen et à la réussite. Elle conditionne une nation à se tourner vers les familles plutôt que vers les institutions, vers les héritiers plutôt que vers les citoyens. Elle transforme la politique en héritage et le public en spectateurs.

Dans certains pays, la monarchie ne survit que parce que les institutions démocratiques l’ont réduite à un rôle purement symbolique. L’Iran ne dispose d’aucune garantie de ce genre. Il n’existe aucun système de contre-pouvoirs solidement ancré, capable de neutraliser le pouvoir héréditaire. Le pays est marqué par une longue culture d’impunité au sommet de l’État et par une tradition ténue de responsabilisation des dirigeants devant le peuple. Dans ce contexte, la politique héréditaire n’est pas symbolique. Elle est destructrice. Elle protège l’incompétence, récompense la manipulation et encourage la criminalité.

L’Iran a déjà payé un prix exorbitant pour cela. Des dirigeants qui se croyaient au-dessus des lois et des conséquences. Il ne faudrait pas exiger du pays qu’il se soumette une fois de plus à la logique des héritiers.

Pas d’héritiers rivaux

C’est pourquoi la réponse à Mojtaba Khamenei ne peut être une nouvelle politique fondée sur le nom de famille.

L’Iran n’a pas besoin qu’un prétendant au trône soit remplacé par un autre, présenté différemment. Il n’a pas besoin que davantage d’hommes soient considérés comme des candidats nationaux simplement parce qu’ils sont le fils de quelqu’un. Un pays moderne ne peut pas se reconstruire sur la nostalgie dynastique, pas plus qu’il ne peut survivre sous le joug de l’héritage clérical.

La question n’est pas de savoir quelle famille devrait diriger l’Iran. La question est de savoir si l’Iran restera prisonnier de l’idée que les familles devraient gouverner.

Enterrer le principe

La succession de Mojtaba Khamenei doit être perçue comme un moment de lucidité. Le régime a enfin officialisé ce qu’il a toujours été : non pas une république, ni un gouvernement de citoyens, mais un ordre héréditaire dissimulé sous des slogans religieux et des ornements républicains. Il a dénoncé la monarchie tout en en reproduisant l’essence. Il a dissous la tristement célèbre SAVAK, pour ensuite absorber nombre de ses cadres au sein du brutal ministère du Renseignement (MOIS).

L’Iran doit en tirer une seule conclusion sérieuse :

Plus de fils de guides suprêmes. Plus de fils d’anciens dirigeants. Plus de politique d’héritage. Plus de mythologie de la lignée. Plus de revendications héréditaires déguisées en stabilité, continuité ou histoire.

La République islamique s’est démasquée. L’Iran doit rejeter non seulement cette dynastie, mais le principe même de la dynastie.

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