mardi 17 mars 2026

Nouveau dictateur à la tête du régime iranien, même répression : la réalité de l’après-Khamenei

L’ascension de Mojtaba Khamenei marque la transformation de la théocratie iranienne en une véritable dictature dynastique.

La mort de Ali Khamenei, ancien guide suprême du régime iranien, le 28 février 2026, constitue un tournant historique pour l’Iran. Pourtant, au lieu d’ouvrir la voie à des réformes ou à un changement structurel, l’ascension rapide de Mojtaba Khamenei a renforcé ce que de nombreux critiques décrivent comme l’instinct fondamental du régime : survivre par la continuité, et non par la transformation.

Dans l’une des premières réactions internationales majeures, le président du Parlement européen a déclaré que la mort de Khamenei devait marquer la fin de la dictature en Iran. Ce sentiment reflète une attente plus large — mais pas nécessairement la réalité actuellement en train de se dessiner.

De la théocratie révolutionnaire au pouvoir dynastique

Le régime iranien, né de la Révolution iranienne de 1979, s’est construit sur la doctrine du velayat-e faqih — un gouvernement clérical légitimé par l’autorité religieuse. Pendant près de cinq décennies, ce système a systématiquement réprimé toute dissidence, éliminé l’opposition politique et étendu son influence au-delà des frontières iraniennes par des moyens idéologiques et militaires.

Sous Ali Khamenei, le système a évolué vers une structure hautement centralisée, où l’autorité ultime reposait entre les mains du Guide suprême. Son règne a été marqué par des répressions répétées de manifestations, des arrestations massives et le recours à une force létale contre les civils lors des soulèvements de 2009, 2017, 2019, 2022 et, plus récemment, en 2026.

Son héritage inclut également des décisions controversées aux conséquences considérables, notamment durant la pandémie de COVID-19, avec des politiques limitant l’accès aux vaccins occidentaux — des choix largement critiqués pour avoir aggravé les pertes humaines.

Mojtaba Khamenei et la consolidation du pouvoir

Le transfert du pouvoir à Mojtaba Khamenei a intensifié les inquiétudes selon lesquelles le régime iranien aurait franchi un nouveau seuil — passant d’un autoritarisme idéologique à une forme de pouvoir héréditaire.

Connu de longue date comme une figure influente au sein du cercle rapproché du Guide suprême, Mojtaba est associé à l’appareil sécuritaire du régime et à sa gestion des troubles internes. Sa position supposée lors de précédentes manifestations — prônant des mesures extrêmes contre les manifestants — a renforcé les craintes quant à l’évolution future du pouvoir en Iran.

Pour ses détracteurs, sa nomination ne représente pas seulement une continuité, mais une escalade : un système qui redouble de coercition tout en abandonnant jusqu’à l’apparence de légitimité républicaine.

Réaction de l’opposition et alternative démocratique

Cette transition a suscité de vives critiques de la part des groupes d’opposition, notamment du Conseil national de la Résistance iranienne. Sa présidente élue, Maryam Radjavi, a affirmé que l’installation de Mojtaba Khamenei transforme de facto le système de la tutelle du juriste (velayat-e faqih) en une forme de pouvoir dynastique.

Selon elle, cette évolution met en évidence l’absence de légitimité du régime et son appropriation continue de la souveraineté populaire. À ses yeux, le moment actuel révèle l’incompatibilité entre la structure du pouvoir en place et les aspirations démocratiques du peuple iranien.

Maryam Radjavi et le Conseil national de la Résistance iranienne plaident pour une république démocratique fondée sur :

  • le pluralisme,

  • la séparation de la religion et de l’État,

  • l’égalité entre les sexes,

  • le suffrage universel,

principes exposés dans son plan en dix points.

« Ni Shah ni mollah » : une nouvelle ligne politique

Un slogan central issu des récents mouvements de protestation — « ni Shah ni mollah » — traduit un rejet croissant à la fois de la monarchie et du pouvoir théocratique.

Cette formulation reflète une transformation plus profonde de la conscience politique iranienne. La revendication ne se limite plus à des réformes internes, mais vise une redéfinition fondamentale du système de gouvernance lui-même.

Une république démocratique, telle que proposée par l’opposition, rejetterait toute forme de pouvoir héréditaire — qu’il soit royal ou religieux — et fonderait sa légitimité sur la volonté du peuple. Elle impliquerait également des garanties institutionnelles :

  • séparation des pouvoirs,

  • protection des droits des minorités,

  • respect des normes internationales en matière de droits humains.

Une vision de transition — et ses défis

Le Conseil national de la Résistance iranienne a présenté un cadre pour un gouvernement de transition chargé d’organiser, dans un délai de six mois après un changement de régime, des élections pour une assemblée constituante.

Cette instance aurait pour mission de rédiger une nouvelle constitution fondée sur des principes démocratiques.

Si ces propositions offrent une alternative structurée, leur mise en œuvre dépend des évolutions internes en Iran. Le changement politique envisagé depuis l’extérieur demeure hypothétique sans transformation concrète sur le terrain.

Un moment décisif pour l’avenir de l’Iran

L’Iran se trouve aujourd’hui à un carrefour. La mort de Ali Khamenei aurait pu marquer le début d’une transformation du système. Au lieu de cela, l’ascension de Mojtaba Khamenei suggère une tentative de préserver l’ordre existant par une succession dynastique.

Reste à savoir si cette stratégie pourra résister à une insatisfaction populaire croissante. Des années de difficultés économiques, de répression politique et de troubles sociaux ont profondément érodé la légitimité du régime.

En définitive, l’avenir de l’Iran ne sera pas déterminé uniquement par les luttes de pouvoir au sommet, mais par la capacité de son peuple à faire valoir sa volonté — et par la faculté des alternatives politiques à se traduire en changements concrets.

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