jeudi 19 mars 2026

L’Iran au cœur d’une « situation exceptionnelle » : le coût de décennies d’apaisement occidental

 Avertissements ignorés, crises multipliées — comment quatre décennies d’erreurs de calcul et donc d’apaisement occidental ont renforcé un système fondé sur l’exportation de l’instabilité et de la répression

L’Iran se trouve aujourd’hui à l’épicentre de ce que l’on ne peut décrire que comme une « situation exceptionnelle ». La crise actuelle au Moyen-Orient n’est pas un accident de l’histoire, mais plutôt le résultat logique de politiques d’apaisement occidental, profondément défaillantes initiées il y a plus de quatre décennies — des politiques qui, combinées à l’inaction structurelle des puissances mondiales, ont conduit à une réalité dangereuse et déstabilisatrice.

Au cours de l’ère post-guerre froide, alors qu’une grande partie du monde baignait dans un optimisme et une recomposition géopolitique, la résistance iranienne a constamment mis en garde contre l’émergence d’un « nouveau monstre ». Au fil des années, elle a lancé des alertes répétées, révélé des menaces critiques et tenté d’identifier les racines de l’instabilité avant que la situation n’atteigne son niveau actuel.

Ces avertissements n’étaient ni abstraits ni rhétoriques. Ils comprenaient des révélations sur la montée du fondamentalisme religieux comme menace mondiale dans les années 1990, la mise au jour d’installations nucléaires secrètes au début des années 2000, ainsi que l’identification d’éléments clés au sein des structures militaires et de renseignement extraterritoriales de l’Iran. D’autres révélations ont mis en lumière les interventions destructrices du régime en Irak, son rôle étendu dans le conflit syrien, ainsi que des violations systématiques des droits humains ayant conduit à des dizaines de résolutions de condamnation aux Nations Unies.

Ces efforts allaient bien au-delà du simple renseignement. Ils s’inscrivaient dans une tentative plus large de dévoiler la véritable nature d’un système qui a redéfini sa survie par la production continue de crises. Des réseaux terroristes transnationaux aux infrastructures nucléaires clandestines, en passant par des formes d’ingérence biopolitique dans les États voisins, le schéma a été constant et délibéré.

Ces développements révèlent une réalité fondamentale : le système du velayat-e faqih (gouvernement du juriste-théologien) ne fonctionne pas comme un État conventionnel. Il agit plutôt comme un centre d’exportation de l’extrémisme et de l’instabilité — intrinsèquement incompatible avec les principes de négociation, de confiance mutuelle ou de contrat social.

L’histoire a toujours jugé sévèrement ceux qui sacrifient la liberté des autres en échange d’une sécurité temporaire. La politique d’apaisement adoptée par les gouvernements occidentaux envers Téhéran reflète une stagnation intellectuelle similaire à celle observée avant les grands conflits du XXe siècle. Ce « profond sommeil des démocraties » a permis à une forme de fascisme religieux de s’enraciner dans toute la région.

Aujourd’hui, le coût de ce silence et de cet « apaisement occidental » se paie en sang et en destruction — des rues de Beyrouth à Bagdad et Damas. Dans ce contexte, l’apaisement n’a pas été seulement une erreur diplomatique ; il a représenté une profonde faillite morale. Il a permis au système au pouvoir en Iran d’utiliser les revenus pétroliers et la passivité internationale pour évoluer en une menace existentielle pour la paix régionale et mondiale.

L’une des stratégies les plus sophistiquées employées par ce système a été la fabrication de la peur — en particulier la peur du chaos en cas de chute du régime. En promouvant un faux choix entre le statu quo et un retour à des modèles politiques dépassés, il cherche à enfermer la société dans un dilemme artificiel : continuité de la répression ou retour en arrière.

Cependant, une autre lecture conteste ce récit. Elle soutient que la dictature héréditaire et l’autoritarisme religieux ne sont que deux manifestations d’une même impasse historique. Les tentatives récentes de réhabiliter l’image de la monarchie sous un habillage moderne relèvent de ce que l’on peut qualifier de « néo-fascisme romantique » — une tentative d’inverser le cours de l’histoire plutôt que de répondre aux exigences contemporaines.

Un retour au passé ne peut satisfaire une génération qui s’est levée pour revendiquer l’autodétermination et la dignité humaine. L’exigence actuelle ne porte pas sur un simple transfert de pouvoir entre élites, mais sur une transformation démocratique qui rejette toutes les formes de domination — qu’elles soient issues du pouvoir religieux ou de l’héritage monarchique autoritaire.

Conclusion

Dans ce contexte, la question qui se pose à l’Iran n’est plus de savoir si le changement est nécessaire, mais si la communauté internationale est prête à reconnaître les conséquences des politiques passées et à soutenir un avenir en accord avec les aspirations de son peuple.

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