Malgré une répression sévère, la guerre et un renforcement du contrôle étatique, l’Iran en 2025–2026 a connu l’une des vagues de protestation les plus durables de son histoire récente.
Sous la surface de la confrontation militaire et de la crise politique, une réalité plus profonde persistait : une société sous pression économique, en mobilisation constante pour ses droits fondamentaux.
Le soulèvement de janvier 2026 : une explosion nationale
Le tournant le plus significatif est survenu avec le soulèvement national qui a débuté le 28 décembre 2025 (7 Dey 1404) et s’est poursuivi pendant près de trois semaines jusqu’au 17 janvier 2026 (27 Dey 1404).
Déclenchées par l’effondrement de la monnaie nationale — lorsque le dollar américain aurait atteint environ 145 000 tomans — les protestations ont commencé par des grèves de commerçants dans les quartiers commerciaux de Téhéran.
En quelques jours, le mouvement s’est étendu pour devenir un soulèvement large impliquant des jeunes, des travailleurs et divers groupes sociaux.
Selon les rapports compilés :
Des protestations et grèves ont été recensées dans plus de 350 villes à travers les 31 provinces
Plus de 1 700 incidents liés aux manifestations ont été documentés durant le seul soulèvement
Caractéristiques principales
Le soulèvement a présenté plusieurs caractéristiques déterminantes :
Une expansion rapide à l’échelle nationale, notamment dans les petites villes
Une participation interclasses incluant jeunes, femmes et travailleurs
Une escalade du mouvement vers des confrontations, face à l’usage de balles réelles, gaz lacrymogènes et matraques par les forces de sécurité
Le ciblage d’institutions étatiques, notamment des centres de sécurité et des bâtiments du régime
Un rôle important des réseaux de jeunes, dont certains ont temporairement défié le contrôle de l’État dans certaines zones
Les femmes et les jeunes ont joué un rôle particulièrement visible, soulignant la profondeur générationnelle et sociale du mouvement.
Réponse de l’État
Les autorités ont réagi par une force massive.
Les rapports font état de :
tirs à balles réelles contre les manifestants
arrestations massives
fortes pressions exercées sur les familles des victimes
attaques contre des manifestants blessés, y compris des arrestations dans des établissements médicaux
Début janvier 2026, la répression a atteint son apogée, suscitant une condamnation internationale, notamment de la part du Conseil des droits de l’homme des Nations unies.
Une résistance qui se poursuit après le soulèvement
Bien que les manifestations de grande ampleur aient diminué après la mi-janvier, la résistance n’a pas disparu.
Elle a plutôt changé de forme :
des affrontements localisés et des actes de défi ont continué
des attaques contre des symboles du pouvoir ont été signalées de manière intermittente
les réseaux de protestation sont restés actifs, indiquant que le mouvement n’avait pas été totalement réprimé
Une année marquée par des protestations sociales massives
Au-delà du soulèvement, l’Iran a connu des milliers de manifestations sectorielles tout au long de l’année.
Au total, plus de 4 000 actions de protestation ont été recensées en combinant le soulèvement et les mobilisations sociales et professionnelles.
Principaux groupes impliqués
Travailleurs : principale composante des protestations, motivées par les salaires impayés, les licenciements et les conditions de travail dangereuses dans les secteurs pétrolier, industriel et des infrastructures
Retraités : rassemblements réguliers autour des pensions, des coûts de santé et de la baisse du niveau de vie
Chauffeurs routiers : grèves nationales liées aux quotas de carburant, à la hausse des coûts et aux faibles tarifs de transport
Enseignants et fonctionnaires : mobilisations sur les salaires, les avantages et la précarité de l’emploi
Agriculteurs : manifestations liées aux pénuries d’eau, à la mauvaise gestion et aux politiques agricoles
Étudiants : protestations sur les campus contre la répression, les arrestations et la dégradation des conditions
Ces mobilisations reflètent une crise économique systémique touchant presque tous les segments de la société.
Les causes économiques des troubles
Au cœur de ces mobilisations se trouve une grave crise économique caractérisée par :
une dévaluation rapide de la monnaie
une forte inflation et une hausse du coût de la vie
des pénuries d’énergie et des défaillances des infrastructures
une augmentation du chômage et de la précarité
Pour de nombreux Iraniens, les protestations ne sont plus politiques au sens traditionnel — elles concernent la survie et l’accès aux droits fondamentaux.
Une société qui continue de se mobiliser
Ce qui distingue la vague de protestation de 2025–2026 n’est pas seulement son ampleur, mais aussi sa persistance.
Même après une répression massive et le choc de la guerre, l’action collective s’est poursuivie dans différents secteurs et régions.
Cela indique un changement structurel : les protestations ne sont plus des événements isolés, mais font partie d’un cycle continu de mobilisation sociale.
Une crise non résolue
Les événements de 2025–2026 montrent que la répression et le conflit extérieur n’ont pas résolu la crise interne de l’Iran.
Au contraire, ils ont intensifié les tensions sous-jacentes.
Le soulèvement de janvier 2026, suivi de milliers de manifestations à travers la société, met en évidence une réalité fondamentale :
L’Iran ne connaît pas une vague temporaire de troubles, mais une crise prolongée et systémique — qui continue de générer de la résistance malgré des coûts élevés.
La trajectoire suggère que, tant que les revendications économiques et politiques fondamentales ne seront pas traitées, les cycles de protestation risquent de réapparaître — potentiellement avec une intensité encore plus grande à l’avenir.

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