De juin 1989 à 2026, Ali Khamenei a occupé une fonction qui, en vertu de la Constitution de la République islamique d’Iran, lui confère l’autorité suprême sur les forces armées, le Corps des gardiens de la révolution islamique (les pasdarans), le Bassidj, le pouvoir judiciaire, la radiotélévision du régime et les principales institutions de supervision. Cette concentration sans précédent du pouvoir le place au sommet de la chaîne de commandement politique, sécuritaire et judiciaire du pays.
Dans une telle structure, les décisions concernant l’usage de la force létale, les réponses aux manifestations nationales, les politiques judiciaires — y compris l’application de la peine capitale — ainsi que les mécanismes de sécurité à grande échelle ne peuvent raisonnablement être envisagés sans la connaissance et la volonté de la plus haute autorité du régime.
Au cours de ces trois décennies, un schéma constant est observable :
Répression des manifestations publiques par l’usage de munitions réelles et des arrestations massives ;
Recours répété à la peine de mort à des niveaux sans précédent à l’échelle mondiale ;
Rapports documentés de torture, d’aveux forcés et de refus systématique de soins médicaux aux détenus ;
Coupures nationales d’Internet durant des périodes critiques afin de dissimuler l’ampleur de la violence ;
Impunité structurelle des responsables impliqués dans ces violations.
Cette trajectoire reflète le fonctionnement d’un système de pouvoir centralisé dans lequel la « préservation du régime » est définie comme priorité absolue.
Les déclarations et discours officiels d’Ali Khamenei lors des périodes de protestation — qualifiant les manifestants de « séditieux », « émeutiers » ou « mohareb » (ceux qui mènent une guerre contre Dieu), et appelant à une action « décisive » et « sans compromis » — démontrent une concordance entre la rhétorique étatique et la conduite opérationnelle des forces de sécurité sur le terrain.
La persistance de ce schéma pendant plus de trois décennies soulève de graves questions de responsabilité hiérarchique au regard du droit international — norme fondée sur le contrôle effectif des forces subordonnées, la connaissance des violations et l’omission de prévenir ou de sanctionner leurs auteurs.
Le présent rapport propose un cadre analytique permettant de comprendre un modèle durable de répression dans lequel le pouvoir de l’État a constamment été privilégié au détriment des droits fondamentaux des citoyens.
Première partie – Concentration du pouvoir et schéma de répression des manifestations nationales (1999–2026)
1. Concentration structurelle du pouvoir et chaîne de commandement
Selon la Constitution de la République islamique d’Iran, le Guide suprême est commandant en chef des forces armées et nomme les commandants des pasdarans du Bassidj, de l’armée, des forces de l’ordre (Faraja), le chef du pouvoir judiciaire ainsi que le directeur de la radiotélévision officielle. La moitié des membres du Conseil des gardiens est directement nommée par lui, l’autre moitié étant proposée par le chef du pouvoir judiciaire, lui-même nommé par le Guide.
Ce mécanisme centralise le contrôle effectif des structures militaires, sécuritaires et judiciaires au plus haut niveau.
Dans ce cadre, les décisions concernant l’usage de la force létale contre les manifestants, le traitement des détenus et le niveau de responsabilité imposé aux forces de sécurité sont intrinsèquement liées à la position de commandement suprême.
Depuis 1999, des manifestations nationales ont éclaté à plusieurs moments clés ; à chaque fois, elles ont été confrontées à un schéma opérationnel similaire.
2. Le soulèvement de 1999
Le 18 juillet 1999, les forces de sécurité et des agents en civil ont attaqué les dortoirs de l’université de Téhéran, marquant un tournant dans la réponse gouvernementale aux manifestations étudiantes. Des informations ont fait état de passages à tabac généralisés, de destructions de biens et de l’arrestation d’environ 1 400 personnes. Plusieurs décès ont été signalés, ainsi que des cas de disparition forcée.
Les manifestations furent ensuite qualifiées de « sédition », et la répression sécuritaire s’intensifia. Cet épisode a consolidé le schéma consistant à étiqueter les mouvements avant toute intervention coercitive.
3. Le soulèvement de 2009
À la suite de l’élection présidentielle du 12 juin 2009, des manifestations de grande ampleur ont éclaté à Téhéran et dans d’autres villes.
Le 19 juin 2009, Ali Khamenei déclara lors du prêche du vendredi :
« Si les élites politiques cherchent à violer la loi, elles seront elles-mêmes responsables des effusions de sang et des violences. »
Après ce discours, la présence du Basij et des forces de sécurité dans les rues s’est accrue. Des rapports ont fait état de dizaines de morts, de milliers d’arrestations et d’actes de torture dans des centres de détention tels que Kahrizak.
En décembre 2009, les autorités annoncèrent qu’elles « éteindraient l’œil de la sédition ». L’étiquette de « sédition » devint le cadre officiel justifiant la répression sécuritaire.
4. Le soulèvement de 2019
Le 15 novembre 2019, des manifestations nationales éclatèrent après une hausse soudaine des prix du carburant. L’agence Reuters rapporta qu’Ali Khamenei aurait déclaré lors d’une réunion avec des responsables sécuritaires :
« La République islamique est en danger. Faites tout ce qui est nécessaire pour y mettre fin. »
Dans les jours suivants, l’usage généralisé de munitions réelles fut signalé. Amnesty International confirma au moins 323 morts ; Reuters évoqua environ 1 500 victimes. Des milliers de personnes furent arrêtées.
Parallèlement, l’accès à Internet fut presque totalement coupé à l’échelle nationale, entravant les reportages indépendants sur l’ampleur de la répression. Khamenei qualifia les manifestants de « voyous » et de « malveillants ».
5. Le soulèvement de 2022
En septembre 2022, des manifestations nationales éclatèrent après la mort en détention de Mahsa Amini et s’étendirent à des dizaines de villes.
Ali Khamenei qualifia ces manifestations « d’émeutes » et de « complots ennemis » et salua les forces du Bassidj pour leur confrontation avec les manifestants.
Des organisations de défense des droits humains ont documenté la mort de centaines de personnes, dont des dizaines d’enfants. L’usage de fusils à plomb et les arrestations massives ont été signalés. Dans le même temps, de lourdes peines et plusieurs exécutions liées à des affaires de protestation furent appliquées.
6. Le soulèvement de 2025–2026
Fin 2025 et en janvier 2026, de vastes manifestations ont émergé dans un contexte de crise économique profonde et d’effondrement monétaire. Des informations ont indiqué un déploiement militaire massif, l’usage d’armes lourdes et de sévères perturbations d’Internet.
Le 9 janvier 2026, Ali Khamenei déclara :
« Les forces de sécurité doivent être présentes sur le terrain avec pleine autorité. »
Le 17 janvier 2026, il ajouta :
« La nation iranienne doit briser le dos des séditieux. »
Les chiffres des victimes varient et nécessitent une vérification indépendante ; toutefois, l’ampleur des morts dans les rues, des arrestations massives et l’intensité de la réponse sécuritaire durant cette période ont été décrites dans certains rapports des Nations unies et d’Amnesty International comme pouvant constituer des crimes contre l’humanité.
Conclusion analytique de la première partie
À travers les soulèvements de 1999, 2009, 2019, 2022 et 2025–2026, des éléments récurrents apparaissent :
Étiquetage sécuritaire des manifestations ;
Déclarations publiques du Guide appelant à une action décisive ;
Déploiement des pasdarans, du Bassidj et de la Faraja ;
Usage de munitions réelles à des moments critiques ;
Arrestations massives ;
Coupures nationales d’Internet ces dernières années ;
Absence de responsabilité effective des auteurs.
La persistance de ce schéma sur plus de trois décennies reflète une structure de pouvoir centralisée et non redevable, dans laquelle l’usage d’instruments sécuritaires contre les protestations publiques est devenu un élément enraciné de la gouvernance.
Cependant, la répression visible dans les rues ne représente qu’un niveau de contrôle ; la section suivante examinera comment le système judiciaire, l’appareil pénitentiaire et l’usage systématique de la peine capitale ont institutionnalisé ce schéma au sein du cadre légal et pénal.
Source : Iran HumanRights Momitor

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