La situation économique des femmes en Iran : L’impact de l’inflation et de la hausse des prix sur le pouvoir d’achat à l’approche de Norouz
Le Norouz et le Nouvel An iranien ont commencé le 20 mars 2025. En tant que célébration nationale la plus importante en Iran, Norouz est traditionnellement une période où les familles dépensent de l’argent pour acheter des produits de première nécessité, de nouveaux vêtements et de la nourriture. Cependant, cette année, les femmes iraniennes ont été confrontées à des défis économiques sans précédent à l’approche de la fête.
L’inflation débridée, la hausse constante des prix et la dévaluation de la monnaie nationale ont considérablement réduit le pouvoir d’achat, en particulier celui des femmes, rendant la vie quotidienne de plus en plus difficile, notamment pour les classes moyennes et inférieures. Les femmes qui gèrent les finances du ménage et sont chargées de répondre aux besoins quotidiens de leur famille sont soumises à une pression croissante. Ce fardeau est encore plus lourd pour les femmes qui sont seules à la tête de leur foyer – dont beaucoup appartiennent aux couches les plus pauvres de la société – et qui assument toutes les responsabilités familiales sans avoir accès à un emploi approprié. La situation est devenue si grave que certains patients atteints de maladies chroniques vendent les médicaments qui leur sont alloués, tandis que d’autres ont recours à la vente de leurs organes pour survivre.
Les femmes jouent traditionnellement un rôle clé dans la préservation des coutumes de Norouz, comme l’achat de nouveaux vêtements et la préparation de la table Haft Sîn. Pourtant, cette année, la flambée des prix a transformé ces rituels en véritables luttes. Parallèlement, la corruption généralisée du gouvernement, qui se traduit notamment par la contrebande quotidienne de 20 millions de litres de pétrole hors du pays, a encore drainé les ressources nationales et aggravé la crise.
La crise économique iranienne et son impact sur les femmes
Inflation et hausse des prix
Ces dernières années, l’Iran a été confronté à une inflation sévère- une crise économique si écrasante qu’il est devenu extrêmement difficile pour la population de se procurer les produits de première nécessité, tels que la nourriture, les vêtements, le logement, l’éducation et les soins de santé.
Selon un rapport du Centre statistique d’Iran, le taux d’inflation au cours de l’année iranienne 1403 (du 20 mars 2024 au 20 mars 2025) a dépassé les 40 %, les prix des biens essentiels comme la nourriture, les vêtements et le logement ne cessant de grimper. À l’approche de la fête de Norouz, où la demande des consommateurs augmente généralement, ces hausses de prix se sont intensifiées. Par exemple, le prix de la viande d’agneau a dépassé les 600 000 tomans par kilogramme, tandis que le prix du riz iranien est passé de 100 000 tomans par kilogramme l’année dernière à plus de 150 000 tomans en 1403.
L’impact de l’inflation sur le pouvoir d’achat des femmes
Les femmes, en particulier celles qui sont chefs de famille ou responsables de la gestion des dépenses familiales, ont été les plus durement touchées par ces difficultés économiques. La flambée des prix et l’inflation d’avant les fêtes ont écrasé de nombreuses familles, les classes moyennes et inférieures supportant le plus gros du fardeau économique. (Rokna – 11 mars 2025)
Les femmes de ces groupes socio-économiques, qui ont souvent des revenus limités ou fixes, doivent maintenant faire face à des budgets qui ne couvrent plus les coûts de la vie de base.
« L’inflation galopante a plongé les gens dans un état de crise et de profonde dépression. La classe ouvrière, les pauvres et même la classe moyenne ne peuvent plus faire face à leurs dépenses essentielles ». (Etemad Daily – 11 mars 2025)
La corruption du gouvernement et son impact sur l’économie
Détournements de fonds importants et ressources manquantes
Alors que le régime clérical et ses médias contrôlés par l’État continuent d’accuser les sanctions d’être à l’origine de la situation économique désastreuse de l’Iran, la véritable racine de la crise réside dans la corruption généralisée aux plus hauts niveaux du gouvernement.
Dans un article récent, un militant des médias a révélé qu’au cours des 10 premiers mois de l’année 1403 (mars 2024 à janvier 2025), plus de 81 000 kilogrammes d’or ont été importés en Iran, mais que seuls 15 805 kilogrammes ont été mis à disposition sur le marché intérieur. (Eghtesad Online – 6 mars 2025)
Il a également déclaré que, de manière optimiste, la Banque centrale a généré entre 5 et 6 trillions de tomans de revenus en vendant des pièces d’or sur le marché.
Bien que la Banque centrale ait démenti ces affirmations et porté plainte contre le journaliste, de tels scandales de détournement de fonds sont loin d’être rares dans le régime clérical. Dans un système économique étroitement contrôlé par le guide suprême Ali Khamenei et son Corps des gardiens de la révolution (CGR), les détenteurs du pouvoir pillent régulièrement les richesses et les ressources nationales.
Un exemple flagrant est la disparition quotidienne et la contrebande de 20 millions de litres de pétrole du pays. Même le président du régime, Massoud Pezeshkian, a évoqué cette question à plusieurs reprises, souvent pour tenter de détourner la responsabilité des graves pénuries d’eau, d’électricité, de gaz et d’essence que connaît le pays.
Mais tout le monde connaît la vérité : ce vol à grande échelle vient de ceux qui détiennent le pouvoir. Aucun contrebandier ou porteur de carburant ordinaire ne pourrait faire sortir 20 millions de litres de pétrole du pays chaque jour.
L’impact de la corruption sur l’inflation et la hausse des prix
La corruption et la mauvaise gestion des ressources nationales ont alimenté la hausse des liquidités et l’inflation galopante. Lorsque la richesse nationale est pillée, le gouvernement a recours à la planche à billets pour couvrir les déficits budgétaires, ce qui fait encore grimper les prix.
Les femmes, en particulier celles qui occupent des emplois à faible revenu ou qui travaillent à leur compte, comme les vendeurs de rue, sont parmi les plus durement touchées par ce cercle vicieux de l’économie. Mohammad Bahreinian, un chercheur affilié au régime, a indiqué que 42,5 % des emplois en Iran sont des emplois indépendants. De nombreuses femmes travaillant dans ces secteurs gagnent de maigres revenus rapidement érodés par l’inflation.
Bahreinian a déclaré : « Les données de l’Organisation internationale du travail révèlent à quel point nous sommes en retard. Comparé aux pays développés et en développement, le taux de travail indépendant en Iran est à la fois choquant et honteux. Sur 31 ans, les estimations de l’OIT pour 2022 montrent que 42,5 % de l’emploi en Iran est basé sur le travail indépendant, ce qui est alarmant. Ce chiffre est un indicateur troublant de notre inefficacité économique et de notre incapacité à développer et à créer des emplois stables pour la population active ». (Khabar Online – 19 mars 2025)
L’impact de la baisse du pouvoir d’achat sur la vie des femmes
Les difficultés économiques des femmes à la veille de Norouz
À la veille de Norouz (le Nouvel An persan), les femmes iraniennes sont confrontées à des pressions financières croissantes, aggravées par une inflation galopante, une hausse des prix à la consommation et une baisse du pouvoir d’achat. Ces difficultés ont considérablement entravé leur capacité à observer les coutumes traditionnelles du Nouvel An.
L’une des plus anciennes traditions de Norouz est l’achat de nouveaux vêtements pour les membres de la famille, une responsabilité qui incombe souvent aux femmes. Cependant, en raison de l’augmentation du coût des vêtements, de nombreuses femmes ne peuvent plus maintenir cette pratique. Même l’achat de vêtements indispensables est devenu un défi.
Akbar, vendeur de vêtements pour enfants au bazar de Téhéran, a fait remarquer : « Notre nombre de clients a chuté d’environ 40 %. Les gens ont du mal à acheter des vêtements de base ».
Mohammad, qui vend des vêtements pour femmes dans l’est de Téhéran, se fait l’écho de cette préoccupation : « La situation dans le secteur de l’habillement est très inquiétante. Les gens ne peuvent même plus se permettre d’acheter les produits de base. » (Asr-e Iran – 18 mars 2025)
Les sucreries et les noix – des articles traditionnellement essentiels pour l’hospitalité de Norouz – sont également devenues inabordables pour beaucoup. Reza, un vendeur de noix et de fruits secs, a constaté une baisse de 40 % de sa clientèle, ajoutant : « Les gens ne cherchent que le strict minimum ».
Abbas, qui tient une confiserie à Téhéran, a déclaré : « Nous avons perdu environ 60 % de notre clientèle. Les gens n’ont tout simplement plus les moyens d’acheter des sucreries ». (Asr-e Iran – 18 mars 2025)
Cette situation fait peser un fardeau encore plus lourd sur les femmes, qui sont généralement chargées d’acheter ces articles de fête.
L’impact sur la qualité de vie et le bien-être des femmes
La baisse du pouvoir d’achat a gravement diminué la qualité de vie des femmes iraniennes. Nombre d’entre elles sont désormais incapables d’accéder aux soins de santé de base, à l’éducation ou mêmes des loisirs. Selon un article d’Etemad Online « L’inflation galopante a plongé les femmes iraniennes dans un état de pauvreté extrême «
Les familles à faible revenu et de la classe moyenne ne peuvent plus se permettre de satisfaire leurs besoins les plus élémentaires ». (Etemad Online – 11 mars 2025)
Cette érosion du pouvoir d’achat va au-delà des difficultés matérielles. Le stress constant lié à l’incapacité de subvenir aux besoins de leur famille pèse sur la santé mentale des femmes. Nombre d’entre elles sacrifient leurs propres besoins pour assurer le strict minimum à leurs enfants. Un rapport de l’IRNA sur les achats effectués avant Norouz révèle ce qui suit : « Les familles donnent la priorité aux achats pour leurs enfants, et ce n’est que lorsqu’il reste de l’argent qu’elles pensent à elles-mêmes. »(IRNA – 16 mars 2025)
Ces sacrifices ont intensifié ce que l’on appelle souvent la « féminisation de la pauvreté » et ont aggravé les inégalités entre les hommes et les femmes. Comme l’a observé Etemad Online : « La situation économique a atteint un point tel que le seuil de pauvreté est désormais le même pour les groupes à revenus faibles et moyens – tous deux vivent pratiquement au même niveau de subsistance. » (Etemad Online – 11 mars 2025)
Cette tendance alarmante reflète l’ampleur et la gravité croissantes de la crise économique.
La hausse des prix des produits de base et son impact sur les femmes
Selon les statistiques officielles, les prix de certains produits alimentaires essentiels ont augmenté de 220 % : les pommes de terre de 217 %, les aubergines de 122 %, les tomates de 116 %, les pois cassés de 108 % et les haricots pinto de 104 %. Cette forte inflation pèse lourdement sur les femmes, qui sont souvent chargées de cuisiner et d’assurer les repas de leur famille.
Mohsen, vendeur de fruits dans le quartier de Monirieh à Téhéran, a déclaré : « Dans quelques jours, les ventes de paniers de fruits pour Norouz commenceront, et les prix seront probablement 10 à 15 % plus élevés qu’aujourd’hui. Les chiffres suggèrent que la fréquentation des clients à l’approche du Nouvel An sera inférieure de moitié à celle de l’année dernière. Les années précédentes, nous avons constaté un afflux de clients pendant le Ramadan et le mois d’Esfand, mais ce n’est plus le cas aujourd’hui. » (Asr-e Iran – 18 mars 2025)
L’emploi des femmes et le travail informel
Un grand nombre de femmes iraniennes exercent une activité informelle ou indépendante, allant de la vente dans la rue au travail à domicile. Toutefois, les revenus tirés de ces emplois ne parviennent pas à suivre le rythme de l’inflation, et beaucoup ont du mal à joindre les deux bouts.
Pendant la saison des achats de Norouz, les vendeurs de rue – dont beaucoup sont des femmes et des hommes issus de milieux modestes – remplissent les marchés de marchandises bon marché.
« Le marché appartient aux vendeurs de rue. Chacun a étalé un tissu dans un coin, exposant des articles à bas prix. Les affaires vont bon train… Il semble que les gens préfèrent acheter auprès de ces vendeurs. Même les propriétaires de magasins, qui tentent de compenser la baisse de leurs ventes, ont installé des étals devant leurs boutiques et des panneaux indiquant « Soldes » ». (IRNA – 16 mars 2025)
Pourtant, même ce type de revenu n’est pas suffisant pour de nombreuses femmes, et la plupart d’entre elles restent en dessous du seuil de pauvreté. Des informations de terrain provenant des zones commerciales populaires de Téhéran, telles que les marchés de Tajrish et de Haft-Hoz, révèlent un profond sentiment de frustration chez les femmes qui font leurs courses. Une mère de famille du marché de Salsabil a déclaré : « Les prix sont trop élevés. Pour ce que nous payons, la qualité n’est pas à la hauteur. Les gens se contentent de regarder, de demander des prix et de partir. J’ai rarement vu quelqu’un acheter quoi que ce soit. La plupart quittent le marché les mains vides – on a l’impression qu’ils sont juste là pour regarder, pas pour faire des achats. » (Journal iranien – 16 mars 2025)
Les femmes en première ligne du changement
En cette nouvelle année iranienne, les femmes de tout le pays sont aux prises avec de graves difficultés économiques dues à la corruption et à l’incompétence du régime en place. La flambée des prix, l’inflation débridée et le pillage des richesses et des ressources naturelles du pays par un gouvernement désireux de s’enrichir ont plongé la majorité des Iraniens sous le seuil de pauvreté. Les femmes, dont beaucoup occupent des emplois mal rémunérés ou n’ont pas de revenus stables, sont les premières victimes de ce cercle vicieux.
Le régime clérical, qui persiste dans la répression, le pillage et les effusions de sang jusqu’à son dernier souffle, n’a montré aucune intention d’améliorer la situation. Sa seule préoccupation est de conserver le pouvoir. Mettre fin à cette situation désastreuse et construire un avenir meilleur n’est possible qu’en démantelant ce système corrompu et en le remplaçant par un gouvernement juste et responsable.
Le seul moyen viable de sortir de cette crise est de mener une lutte unie et organisée pour renverser le régime. Les femmes – l’épine dorsale des familles et de la société – jouent un rôle clé et précurseur dans ce mouvement. En rejoignant les unités de résistance et en prenant la tête des manifestations et des soulèvements, elles ouvrent la voie à la libération et à un changement durable.
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